Vous arrive-t-il de rentrer chez vous le soir avec cette sensation décevante et frustrante de n'avoir rien accompli de vraiment important dans votre journée ?
Vous repassez mentalement les heures écoulées et vous vous dites que finalement, vous n'avez rien fait de significatif.
L'animation prévue n'a attiré que trois personnes au lieu des dix espérées, vous avez passé une bonne partie de votre temps à gérer des imprévus plutôt qu'à mettre en œuvre ce que vous aviez préparé, et au final vous avez l'impression d'avoir traversé la journée sans vraiment laisser de trace.
Cette impression de ne rien avoir fait qui vous pèse tant en fin de journée est un piège dans lequel tombent presque toutes les animatrices à un moment ou un autre de leur carrière.
Vous mesurez votre travail à l'aune de ce qui se voit et de ce qui se compte, mais aussi de ce qui peut se photographier pour le rapport d'activité. Une animation avec quinze participants semble valoir plus qu'une conversation de dix minutes avec Madame Dupont qui ne quitte jamais sa chambre. Un atelier cuisine bien rempli paraît plus important que ce moment où vous avez simplement tenu la main de Monsieur Martin qui était angoissé.
Nous vivons dans une culture du visible, du mesurable et du spectaculaire qui s'est imposée jusque dans les EHPAD. 7
Il faut prouver qu'on travaille, montrer des résultats quantifiables et remplir des tableaux avec le nombre de participants aux activités. Ce qui ne se voit pas dans ces bilans chiffrés semble ne pas exister aux yeux de l'institution, et progressivement vous avez fini par intégrer cette vision réductrice de votre propre travail.
Mais si je vous disais que l'essentiel de ce qui se passe en EHPAD est justement ce qui ne fait pas de bruit ?
Que les moments les plus importants pour les résidents sont souvent ceux qui ne figurent dans aucun planning et ne génèrent aucune statistique ? Que ce sourire fugace que vous avez provoqué chez Madame Rousseau en lui disant simplement bonjour avec chaleur ce matin a peut-être été le moment le plus lumineux de toute sa journée ?
Aujourd'hui, je veux vous aider à changer profondément votre regard sur ce qui constitue vraiment une victoire dans votre métier. Et vous allez découvrir que ce que vous considérez comme minuscule et insignifiant est en réalité d'une importance considérable.
Pourquoi les animatrices ont l'impression de ne jamais en faire assez
Commençons par comprendre d'où vient exactement cette sensation persistante et épuisante de ne jamais en faire assez dans votre métier.
La culture du résultat visible qui nous habite
Nous baignons collectivement dans une culture du résultat visible qui valorise uniquement ce qui peut être montré, compté et prouvé.
Dans les EHPAD comme ailleurs, on veut voir des animations avec des salles bien remplies de résidents souriants, des photos à joindre au rapport pour prouver que l'activité a bien eu lieu et qu'elle a plu, et des chiffres de participation qui attestent du succès des initiatives proposées.
Dans d'autres EHPAD, on ne veut pas de vague… On veut des animations simples (genre des séances de ciné) qui s'organisent facilement et qui ne demandent pas trop de modification du planning des AS ou des ASH. S'il y a une dizaine de personnes qui y assistent, alors c'est gagné.
Cette pression du planning que vous devez remplir absolument, des bilans trimestriels où vous devez justifier votre travail en listant toutes les animations réalisées, des comptes rendus où l'on attend de vous que vous démontriez votre utilité par des données quantifiables, tout cela crée en vous une angoisse sourde.
Vous vous sentez constamment en train de devoir prouver que vous travaillez vraiment et que votre poste est justifié dans l'établissement.
Et insidieusement s'installe cette croyance délétère : ce qui ne se voit pas clairement n'existe tout simplement pas.
Si vous ne pouvez pas le noter dans votre tableau d'activités, si vous ne pouvez pas le photographier pour le projet d'établissement ou si vous ne pouvez pas le quantifier dans votre bilan annuel, alors apparemment cela ne compte pas comme du vrai travail.
Cette logique comptable a fini par s'immiscer dans votre propre façon d'évaluer votre journée, et c'est ce qui vous fait rentrer chez vous avec ce sentiment douloureux d'avoir été inefficace.
Ce que le quotidien rend complètement invisible
Le problème est que votre quotidien réel est rempli de choses essentielles qui ne rentrent absolument pas dans cette logique de résultats visibles et quantifiables.
Il y a tous ces petits gestes non programmés qui parsèment vos journées mais qui ne figurent dans aucun planning officiel.
Ce moment où vous vous êtes arrêtée dans le couloir pour écouter Madame Bernard vous raconter son souci avec sa fille qui ne vient plus la voir. Ce geste spontané de prendre la main de Monsieur Dupont qui tremblait d'angoisse avant le repas. Cette blague que vous avez faite à Madame Martin pour la faire rire alors qu'elle était d'humeur sombre.
Ces dizaines de micro-interactions quotidiennes qui tissent votre relation avec les résidents mais qui ne laissent aucune trace documentaire.
Il y a aussi tous ces instants furtifs mais profondément significatifs qui se produisent sans que vous les ayez anticipés ou organisés.
Ce regard complice échangé avec Monsieur Legrand pendant l'animation qui vous a fait comprendre qu'il était content même s'il ne le disait pas. Ce sourire inattendu de Madame Rousseau qui ne sourit presque jamais et qui vous a réchauffé le cœur toute la journée. Ce silence apaisé que vous avez partagé avec Monsieur Thomas assis ensemble près de la fenêtre sans avoir besoin de parler.
Ces moments de grâce ne durent parfois que quelques secondes mais leur impact émotionnel est considérable.
Et surtout, il y a tous ces effets qui ne se mesurent pas immédiatement mais qui se déploient dans le temps de façon invisible.
Vous ne verrez peut-être jamais directement comment votre présence régulière et bienveillante a progressivement redonné confiance à Madame Dubois qui était si repliée sur elle-même à son arrivée. Ou comment ces quelques minutes que vous prenez chaque jour pour saluer chaleureusement Monsieur Martin sont devenues le moment qu'il attend le plus dans sa journée monotone.
Ces transformations profondes se produisent lentement, sans bruit, sans qu'on puisse les inscrire dans un tableau de résultats, mais elles sont bien réelles et infiniment précieuses.
La micro-victoire : une victoire pleine et entière
Il est temps maintenant de changer radicalement votre façon de regarder ces petits moments que vous considérez comme insignifiants. Il est temps de comprendre que ce que vous appelez une micro-victoire est en réalité une victoire complète et entière.
Ce qu'est réellement une micro-victoire dans votre métier
Une micro-victoire, c'est d'abord ce sourire que vous avez réussi à arracher à une journée qui était grise pour un résident.
Madame Rousseau se réveille chaque matin avec cette tristesse qui ne la quitte jamais depuis la mort de son mari, et vous réussissez par un mot gentil ou un geste attentionné à lui faire oublier sa peine l'espace d'un instant et à provoquer ce sourire fugace qui illumine brièvement son visage.
Ce sourire a duré trois secondes peut-être, mais pour elle c'était une bouffée d'oxygène dans une journée où elle avait l'impression de suffoquer sous le poids du chagrin.
Une micro-victoire, c'est aussi cette main qui se détend progressivement sous la vôtre quand vous la prenez.
Monsieur Martin était crispé par l'angoisse qui le saisit souvent en fin d'après-midi, ses doigts étaient serrés et tremblants, et au contact de votre main qui tient la sienne avec douceur, vous sentez ses muscles se relâcher peu à peu, sa respiration devenir plus calme et sa tension s'apaiser.
Vous n'avez rien dit de particulier, vous êtes juste restée là à côté de lui en lui tenant la main quelques minutes, mais cela a suffi à transformer son état intérieur.
Une micro-victoire, c'est encore ce regard qui s'éclaire soudainement même très brièvement quand vous arrivez dans la chambre d'un.e résident.e.
Lorsque vous découvrez Monsieur Legrand perdu dans ses pensées sombres, le visage fermé et le regard vague, quand vous entrez en disant »Bonjour Monsieur Legrand, comment allez-vous aujourd'hui ? » vous voyez cette petite lumière qui s'allume dans ses yeux, et ce signe infime mais indiscutable que votre présence lui fait plaisir et qu'il se sent reconnu et important pour vous.
Ces moments durent parfois à peine quelques secondes. Ils ne se photographient pas facilement et ne remplissent aucune case dans votre tableau d'activités.
Mais ce sont des victoires absolument réelles et d'une valeur inestimable pour ceux qui les vivent.
Pourquoi ces micro-victoires sont absolument essentielles
Ces petits moments que vous avez tendance à dévaloriser sont en réalité essentiels pour plusieurs raisons fondamentales que je veux que vous compreniez vraiment.
D'abord, ces micro-victoires restaurent chez les résidents le sentiment d'exister encore comme personne à part entière.
Dans un environnement institutionnel où on peut si facilement se sentir réduit à un numéro de chambre ou à un dossier médical, votre sourire personnalisé, votre attention individualisée et votre geste spécifiquement adressé à cette personne précise lui rappellent qu'elle existe encore comme individu unique.
Madame Dupont n'est pas juste »la dame de la chambre 312 », voire « la 312« … elle est Madame Dupont que vous reconnaissez, que vous voyez vraiment et qui compte à vos yeux.
Cette reconnaissance existentielle est un besoin humain fondamental que ces micro-victoires viennent nourrir quotidiennement.
Ensuite, ces petits moments apaisent, sécurisent et humanisent un quotidien qui peut être source d'angoisse et de déshumanisation.
Vivre en EHPAD génère souvent de l'anxiété liée à la perte d'autonomie, à la dépendance aux autres et à la proximité de la mort.
Votre main qui se pose sur une épaule, votre regard qui vient chercher celui d'un résident inquiet ou votre présence qui dit silencieusement »je suis là, vous n'êtes pas seul », tout cela crée des îlots de sécurité affective dans une mer d'incertitude.
Ces micro-victoires tissent un filet de sécurité émotionnelle qui permet aux résidents de tenir le coup jour après jour.
Et ce qui est remarquable, c'est que ces micro-victoires ont parfois plus d'impact profond qu'une animation entière soigneusement préparée et menée avec quinze participants.
Madame Bernard se souviendra peut-être davantage de ces trois minutes où vous vous êtes assise à côté d'elle pour lui tenir compagnie alors qu'elle était triste que de l'atelier peinture de la semaine dernière.
Monsieur Thomas gardera plus longtemps en mémoire ce regard complice que vous avez échangé ensemble dans le couloir que les détails du loto auquel il a participé.
Parce que ce qui touche vraiment les gens et laisse une empreinte durable, c'est la qualité de la relation humaine bien plus que la sophistication de l'activité proposée.
Ce que ces petits gestes changent profondément chez les résident.e.s
Explorons maintenant plus précisément ce qui se passe vraiment chez les résident.e.s quand vous posez ces gestes qui vous semblent minuscules mais qui sont en réalité chargés de sens.
Quand le corps parle à la place des mots
Il y a quelque chose de profond à comprendre : avec les personnes âgées en EHPAD, et particulièrement celles qui ont des difficultés cognitives ou d'expression, le corps devient souvent le principal langage pour communiquer et recevoir de la relation.
Le toucher devient un langage à part entière quand les mots ne suffisent plus ou ne viennent plus facilement. Votre main qui se pose sur celle de Madame Rousseau lui dit silencieusement »je suis là avec vous, vous n'êtes pas seule, je vous vois et vous comptez pour moi ».
Ce geste simple traverse toutes les barrières du langage verbal pour atteindre directement quelque chose de beaucoup plus ancien et fondamental en elle.
Le toucher bienveillant active des zones cérébrales liées à la sécurité et à l'attachement qui fonctionnent même quand d'autres capacités cognitives sont altérées. Votre main qui tient la sienne pendant quelques instants peut faire baisser son niveau de cortisol (l'hormone du stress) et augmenter son niveau d'ocytocine (l'hormone de l'attachement et du bien-être).
Vous faites de la neurochimie du bonheur sans même le savoir.
Le regard fonctionne également comme une reconnaissance profonde de l'existence de l'autre.
Quand vous regardez vraiment Monsieur Martin dans les yeux en lui parlant au lieu de regarder ailleurs ou de penser déjà à ce que vous devez faire ensuite, il le sent immédiatement. Ce regard qui vient chercher le sien et s'y attarde quelques secondes avec attention lui dit »tu existes vraiment pour moi en cet instant précis et tu as toute mon attention maintenant ».
Dans une société qui désinvestit souvent le regard porté sur les personnes âgées, votre regard soutenu et bienveillant est un cadeau précieux qui restaure leur dignité et leur valeur.
Et puis il y a la présence elle-même qui devient un soin à part entière.
Simplement être là, physiquement présente, et émotionnellement disponible auprès d'un.e résident.e sans rien faire de particulier et sans objectif précis, cette présence sans agenda ni attente de résultat est déjà en soi thérapeutique. Elle combat la solitude qui est peut-être la souffrance la plus répandue en EHPAD et crée un espace de relation où la personne peut simplement être elle-même sans avoir à performer ou à répondre à des attentes.
Ce que les résident.e.s retiennent vraiment de vous
Voici quelque chose de fondamental que vous devez absolument intégrer dans votre compréhension de votre métier : ce que les résident.e.s retiennent de leurs interactions avec vous ne correspond généralement pas du tout à ce que vous pensez qu'ils devraient retenir.
Ils ne retiennent pas le contenu précis de ce que vous avez fait ensemble, mais l'émotion que cela a provoqué en eux.
Madame Dubois ne se souviendra probablement pas dans trois jours du thème exact de l'atelier créatif que vous avez animé ni des détails de ce qu'elle a fabriqué. Mais elle se souviendra de s'être sentie joyeuse pendant ce moment, d'avoir ri avec les autres résidentes et d'avoir ressenti cette légèreté agréable qui l'a habitée pendant l'activité.
L’empreinte émotionnelle reste bien après que les détails factuels se sont évaporés de la mémoire.
Ils ne retiennent pas l'activité en tant que telle, mais la qualité de la relation qu'ils ont vécue avec vous.
Monsieur Legrand gardera moins en mémoire le fait d'avoir joué au loto que le fait de s'être senti reconnu et valorisé quand vous êtes venue le chercher personnellement pour qu'il participe, quand vous avez ri ensemble de sa blague, quand vous avez pris le temps de discuter un peu avec lui après l'activité. C'est la relation humaine qui nourrit vraiment, bien au-delà du contenu de l'animation proposée.
Et ils ne retiennent pas la durée de votre interaction, mais l'intensité et la qualité de l'instant partagé.
Cinq minutes d'une présence vraie, attentive et chaleureuse laissent une empreinte plus profonde que deux heures d'une animation où vous êtes là physiquement mais distraite mentalement par vos soucis ou vos tâches à venir.
Ce qui compte ce n'est pas le temps chronométrique passé ensemble, c'est la densité de présence véritable que vous offrez pendant ce temps, quelle que soit sa brièveté.
Plan d'actions : apprendre à repérer et valoriser les micro-victoires
Maintenant que vous comprenez l'importance fondamentale de ces micro-victoires, il est temps de vous donner des outils concrets pour apprendre à les repérer consciemment et à les valoriser dans votre pratique quotidienne.
L'exercice du »regard conscient » sur votre journée
Chaque soir avant de quitter votre lieu de travail ou bien une fois rentrée chez vous, prenez quelques minutes pour pratiquer cet exercice simple mais puissant que j'appelle le »regard conscient ».
Installez-vous confortablement et repassez mentalement le film de votre journée écoulée.
Au lieu de vous focaliser comme vous le faites habituellement sur ce qui n'a pas fonctionné ou sur ce que vous n'avez pas réussi à faire, portez délibérément votre attention sur les micro-victoires qui se sont produites.
Cherchez activement et repérez au moins trois micro-victoires que vous avez vécues aujourd'hui, même si elles vous semblent minuscules et même si elles sont passées dans le silence le plus complet.
Ces micro-victoires peuvent être de toute nature et de toute taille.
- Un sourire que vous avez provoqué chez quelqu'un qui ne sourit jamais.
- Un regard qui s'est illuminé quand vous êtes entrée dans une chambre.
- Une main qui s'est détendue dans la vôtre.
- Une conversation de trois minutes qui a visiblement fait du bien à la personne.
- Un résident qui a accepté de venir à une activité alors qu'il refuse habituellement.
N'importe quel petit moment où vous avez senti qu'il se passait quelque chose de positif entre vous et un résident.
Vous pouvez les écrire dans un petit carnet dédié à cet usage si vous aimez garder des traces écrites, ou simplement les nommer intérieurement en prenant le temps de les revivre mentalement quelques secondes.
L'important n'est pas le support que vous utilisez mais le fait de porter consciemment votre attention sur ces moments précieux que vous avez tendance habituellement à considérer comme négligeables.
Créer votre grille personnelle de micro-victoires
Pour vous aider à repérer plus facilement ces micro-victoires au quotidien, je vous propose de créer votre propre grille personnalisée qui va fonctionner comme une liste de vigilance mentale.
Prenez une feuille et notez toutes les catégories de micro-victoires possibles que vous pourriez observer chez les résidents.
Par exemple :
- les sourires sous toutes leurs formes (francs, timides, fugaces, attendus ou surprenants),
- les gestes significatifs (une main qui se tend vers vous, un corps qui se détend, une posture qui s'ouvre),
- les regards qui changent (un œil qui s'anime, un regard qui cherche le vôtre, une lueur qui s'allume),
- les mots échangés (un merci sincère, un prénom qu'on se rappelle, une confidence partagée),
- les silences aussi (un silence complice, un silence apaisé plutôt qu'angoissé).
Ajoutez à cette grille les réactions corporelles que vous pouvez observer chez les résidents :
- une respiration qui s'apaise,
- des épaules qui se relâchent,
- une tension musculaire qui diminue,
- un visage qui se détend,
- une agitation qui cesse.
N'oubliez pas non plus les changements d'ambiance ou de climat émotionnel dans un groupe ou dans une pièce :
- cette atmosphère lourde qui se transforme en légèreté quand vous proposez une activité ludique,
- cette tristesse collective qui se dissipe progressivement pendant un moment de chant,
- ce silence pesant qui devient un silence paisible quand vous instaurez une présence calme et rassurante.
Cette grille va devenir votre outil de détection de micro-victoires. En l'ayant en tête, vous allez commencer à remarquer consciemment tous ces petits signes que vous laissiez auparavant passer inaperçus dans le flot de votre journée chargée.
Transformer ces micro-victoires en ressources durables
Une fois que vous avez commencé à repérer et à collecter vos micro-victoires quotidiennes, il s'agit maintenant de les transformer en véritables ressources qui vont vous soutenir durablement dans votre métier.
Premièrement, relisez-les régulièrement les jours difficiles où vous doutez de votre utilité ou de votre impact.
Quand vous avez l'impression que rien de ce que vous faites ne sert à quelque chose, quand votre motivation est au plus bas et que vous vous demandez pourquoi vous continuez à faire ce métier, ouvrez votre carnet de micro-victoires ou repassez mentalement celles que vous avez notées.
Elles vous rappelleront :
- que vous touchez vraiment les gens,
- que votre présence fait une différence concrète dans leur quotidien,
- que votre travail a du sens même s'il ne se mesure pas en chiffres impressionnants.
Deuxièmement, partagez ces micro-victoires entre collègues lors de vos pauses ou de vos réunions d'équipe.
Racontez-leur ce petit moment magique avec Madame Rousseau, ce regard échangé avec Monsieur Martin, ce sourire arraché à Madame Dubois.
En les partageant, vous faites trois choses importantes :
- vous les ancrez encore plus profondément en vous par la verbalisation,
- vous inspirez vos collègues à porter eux aussi attention à leurs propres micro-victoires,
- et vous créez une culture d'équipe qui valorise ce qui compte vraiment plutôt que seulement les résultats quantifiables.
Vous changez collectivement la façon de définir ce qu'est un travail bien fait.
Troisièmement et surtout, intégrez progressivement ces micro-victoires à votre définition personnelle du »travail bien fait ».
Au lieu de mesurer la réussite de votre journée uniquement au nombre de participants à vos animations ou à la quantité d'activités réalisées, ajoutez-y ces critères tout aussi importants :
- Combien de sourires ai-je provoqués aujourd'hui ?
- Avec combien de résidents ai-je eu une vraie connexion humaine même brève ?
- Combien de moments d'apaisement ai-je créés ?
Cette nouvelle définition plus large et plus humaine de la réussite professionnelle va transformer votre façon de vivre votre métier au quotidien.
Vous ne rentrerez plus chez vous avec ce sentiment d'échec ou d'insuffisance parce que vous saurez reconnaître et valoriser tout ce que vous avez vraiment accompli même si cela ne figure dans aucun rapport officiel.
Pour conclure…
Nous voici arrivées au terme de ce chemin parcouru ensemble, et j'espère sincèrement avoir réussi à transformer votre regard sur ce qui constitue vraiment une victoire dans votre métier d'animatrice.
Comprenez bien ceci une fois pour toutes : ce métier n'est pas fait de grands exploits quotidiens qui impressionnent les foules et qui méritent d'être célébrés en fanfare.
Il n'est pas non plus fait d'animations spectaculaires avec cinquante participants enthousiastes qui applaudissent à tout rompre, ni de transformations miraculeuses visibles du jour au lendemain.
Si vous attendez cela pour vous sentir utile et efficace dans votre travail, vous serez perpétuellement déçue et découragée.
Non, votre métier est fait d'autre chose de bien plus humble mais de tout aussi précieux.
Il est fait d'instants humains répétés patiemment, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. Ces petits gestes que vous posez des dizaines de fois par jour sans même y penser vraiment :
- Ce sourire que vous offrez en croisant quelqu'un dans le couloir,
- cette attention que vous portez à chacun quand vous saluez les résidents le matin,
- cette main que vous prenez spontanément quand vous sentez qu'une personne a besoin de contact,
- ou ce regard bienveillant que vous posez sur ceux qui se sentent invisibles.
Ces instants durent parfois à peine quelques secondes. Ils ne se photographient pas facilement et ne remplissent aucune case dans vos rapports d'activité. Personne ne vous félicitera probablement pour eux et vous ne recevrez aucune médaille pour les avoir multipliés.
Mais ce sont eux qui tissent le quotidien des résidents et qui font que leur vie en EHPAD peut encore contenir de la douceur, de la reconnaissance et de l'humanité malgré toutes les difficultés qu'ils traversent.
Alors oui, vraiment oui, parfois un sourire, une main tendue et un regard qui reconnaît vraiment l'autre, c'est déjà énorme. C'est même peut-être l'essentiel de ce qui rend votre présence si précieuse auprès de ces personnes âgées.
Ne cherchez plus constamment les grands moments spectaculaires pour vous sentir légitime dans votre métier. Apprenez à reconnaître et à célébrer ces micro-victoires quotidiennes qui sont vos vraies victoires.
Parce que si vous saviez vraiment à quel point ces petits moments comptent pour ceux qui les reçoivent, vous ne douteriez plus jamais de votre utilité et de votre impact.
Avec toute ma gratitude pour ces milliers de micro-victoires que vous semez chaque jour.
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